Empathie comprendre le mécanisme

Empathie comprendre le mécanisme
Concernant l'empathie (voir définition en fin)* comprendre le mécanisme est important. Nous lisons ici ou là des phrases comme:
    • Je préfère l'empathie à la sympathie.
    • Les angoisses sont soulagées par l'empathie.
    • L'empathie est un raffinement de l'être humain. Avec la compassion , elles représentent la cerise sur le gâteau de l'homme intelligent .
    • Les psychopathes, les pervers narcissiques, les schizophrènes et les sociopathes sont totalement dépourvus d'empathie. Conclusion ?

Pour notre part, la conclusion qu'on peut en tirer, c'est que c'est justement... le contraire. Les schizophrènes et les sociopathes sont pourvus d'empathie, et plus que d'autres !

Nous allons voir cela.

L’empathie est un terme très à la mode.

Nous avons parlé de l'empathie dans un article. Nous disions:

Nous préférons la sympathie. Pour une raison évidente : sympathiser, c’est en grec « souffrir avec quelqu'un » autrui, ce qui conserve une distance qui permet de porter secours. On exprime sa sympathie à des funérailles, c’est logique. Alors que l’empathie est « entrer dans la douleur de quelqu'un », ce qui est quelque peu irréaliste à moins de se plonger un poignard dans le cœur ; et à supposer que l’on parvienne effectivement à se fondre en la douleur de l’autre, on obtient deux malheureux au lieu d’un, ce qui n’aide personne.
Tout d'abord, les gens préfèrent l'empathie à la sympathie parce qu'il voient dans l'empathie plus d'amour.
Cela leur fait plaisir de choisir plus d'amour. Ils imaginent déjà un monde plus aimant.
On va voir que c'est le contraire qui va se passer.
On pense que l'empathie donne plus d'amour que l'amitié. Cette hiérarchie est dans la pensée. Or, c'est faire preuve de méconnaissance de ce qu'est l'amitié.
L'aide n'exige pas un amour maternel ou sentimental, il exige un amour pour autrui qui est justement l'amour d'amitié.
Je réponds à une personne qui préfère l'empathie à la sympathie:
Si un ami tombait dans un précipice, y descendriez-vous avez lui pour pleurer à ses côtés ? Ou appelleriez-vous des secours / chercheriez à le sortir de là ? La seconde solution bien sûr. C'est ce que dit l'étymologie
On me répond:
C'est l'empathie qui permet de comprendre , et donc éventuellement d'éprouver de la sympathie ou pas.
Ce n'est pas la sympathie , qui est un sentiment qui va aider le psychologue à aider son patient .

Faut-il tout comprendre pour aider quelqu'un à ne plus avoir d'angoisse?

C'est une idée répandue. On ne l'a pas vérifiée. L'idée qu'il faut absolument comprendre pour aider est aussi un présupposé qui n'est pas absolu.
L'outil vous aide sans penser.
Le gendarme ou le pompier vous aident sans comprendre tout ce qui s'est passé. Ils répètent des protocoles.
Lorsque vous aidez un tout-petit, vous ne pouvez l'analyser, le comprendre, vous ne pouvez qu'apprendre par où il est passé.

Pourquoi veut-on à tout prix comprendre ?

C'est flatteur. Comprendre, c'est apparemment faire preuve d'intelligence.
Eh ! bien, sauver ou aider n'exige pas d'avoir un niveau intellectuel très élevé. Cela exige plutôt une capacité à être perspicace et actif.
Comment imagine-t-on comprendre ?
Par exemple : Comment une femme peut-elle croire qu'elle comprend un homme dans la souffrance ? Comment un homme peut-il croire qu'il comprend une femme dans la souffrance ? Ils ne comprennent pas grand chose, et même rien. C'est très relatif. Vous croyez que vous pourrez comprendre des gens dont l'enfant a été kidnappé ? C'est une illusion. Il faut être humble : on ne comprend pas ces choses tant qu'on ne les vit pas.
C'est souvent une illusion. Combien voit-on de gens qui croient avoir compris et donne des solutions fausses ? Avoir vécu les mêmes épreuves permet d'aller plus vite dans l'aide apportée mais vivre les mêmes épreuves ou avoir vécu les mêmes épreuves ce n'est pas vivre ces épreuves de la même manière.
Si l'on comprend la situation, cela suffit. On n'a pas besoin d'entrer dans la souffrance pour la comprendre.
On est à ce moment là, dans la sympathie, sum-pathos en grec. Au lieu d'entrer dans la souffrance, in-pathos, empathie.
Donnons donc cette définition; l'empathie cherche à "comprendre émotionnellement", tandis que la sympathie cherche à comprendre avec la raison sensibilisée par la situation.
Entre le manque de tact à dire brutalement à un angoissé: "secoue-toi et ça ira mieux" et le manque de réaction à dire: "portes-toi au mieux avec tes angoisses, je comprends ta douleur, tu sais" sans rien faire d'autre, il y a des tas de choses à dire et à faire pour que les angoisses diminuent puis cessent.

Attention aux invités-surprise

On a cette habitude d'inviter, de vouloir faire intervenir cette sorte d'être pensant et sensible que nous portons en nous, comprenant tout tel un dieu, dans les situations.
On a envie, parce qu'on est dans le sentiment, d'entrer dans la relation à l'autre, sentimentalement.
Mais c'est souvent quand l'homme amène cette conscience sensible qu'il amène aussi d'autres choses qui peuvent être nuisibles. Tel le manque de tact, le calcul, l'égocentrisme.

Les gens expliquent spontanément ce qu'ils vivent. Cela les aide.

Oui, les gens parlent et cela leur fait du bien. Cela a un effet curatif. Mais le fond du propos ne m'aide pas. J'écoute parce que je sais que ça fait du bien à ces personnes. Mais ce que les gens me disent ne me sert pratiquement jamais.
Le fait que l'ancien petit copain de cette patiente qu'il bat régulièrement ait une situation sociale précaire, ou que la fille de telle autre patiente ait une phobie scolaire chaque lundi et non le mardi ne m'est d'aucune utilité. Je me contente de savoir que dans un cas, il y a eu des violences et qu'en ce cas, il faut y mettre un terme, et que dans l'autre cas une enfant souffre à l'école et que donc, dans ce cas-là, il faut arrêter de l'y envoyer.
Je n'ai pas besoin d'empathie pour ça. Et d'ailleurs les gens attendent bien plus une aide qu'une compréhension.
Si je vous disais: "Je règle tous vos problèmes sans les comprendre" et "je ne trouve pas de solution pour vous mais je vous comprends", que préférerez-vous ?
La solution, évidemment. Vous avez besoin d'aide bien plus que d'être "compris", si du moins vous n'avez pas une pathologie, une affection.
Dans la méthode que je vais essayer de trouver, je vais juste essayer de trouver par quels moyens pratiques on pourra empêcher cet ancien compagnon de surgir et dans l'autre cas, comment lancer la démarche d'enlever l'enfant de l'école. La nature de cet ex ou de cet enfant ne m'est pas utile pour l'instant et je peux aider sans le savoir.
Ce que ces gens attendent, c'est une aide concrète, pas mes larmes.

Empathie comprendre le mécanisme

Pour comprendre l'empathie, il faut se débarrasser de la confusion qui règne.

On pense que comprendre émotionnellement est utile alors que comprendre sensiblement suffit. On pense que le ressenti est indispensable. On se trompe.

J'aide souvent des gens qui me racontent leur vie, je les laisse faire mais je n'en ai pas véritablement besoin. Je veux juste savoir quel est leur problème. Et pour ce problème, j'ai développé des solutions qui valent à chaque fois.
La preuve ? On peut créer des solutions écrites, filmées, peintes, romancées ou tournées en alexandrins. L'écrit ne vous comprend pas, mais il vous amène, vous, à comprendre.
C'est en fait la victime qui doit comprendre, et non son sauveteur.
Naturellement, son sauveteur doit en savoir suffisamment pour ne pas proposer une aide inopérante. Mais ce n'est pas une "compréhension" de ce que la personne vit, ni de ce qu'elle est, c'est une simple analyse de faits bruts et du discernement.
J'ai assez de tact pour ne pas aller poser des questions sur ce qu'elle est. Je ne me mêle pas de choses qui ne me regardent pas à ce stade.
Je pose simplement quelques questions qui sont purement pratiques. Rien de très compliqué.

N'importe qui peut sauver quelqu'un

N'importe qui peut être sauveteur précisément parce qu'on n'a pas besoin de "comprendre émotionnellement", simplement d'analyser sommairement, de comprendre sensiblement, par sympathie. Et même sans sympathie, on peut faire des miracles, uniquement professionnels.

Mais alors, si l'on n'a pas besoin de se mettre à la place de l'autre, l'empathie est fausse ?

Si vous avez de la compréhension sensible, vous n'avez pas besoin d'empathie.
Il n'y a pas besoin et je dirais même qu'il ne faut surtout pas essayer de se mettre à la place de l'autre.
Vous me répondrez que les coachs le font, qu'ils "mettent leurs pieds dans vos chaussures", pour reprendre l'expression de notre professeur, le célèbre Milton Erickson.
Certes, mais ceci n'est pas une démarche psy, ce n'est pas une implication émotionnelle du coach, c'est "montrer le chemin", c'est une découverte pratique des moyens et des besoins du client-patient, de ses désirs, tournés VERS LE FUTUR.
On ne se glisse pas dans le cœur de la personne, on lui permet de le laisser s'exprimer.
De là, je dis que toute cette manie des psys qui consiste à sonder les reins de la personne est largement fausse.
Le psy travaille sur le passé. Si l'on travaille sur le passé, alors oui ! il faut savoir et comprendre. Or, mes années de travail - et du reste ce que dit tout le monde du coaching - montrent que le travail sur le passé n'est efficient que dans très peu de cas, pathologiques. Pour tout le reste, soit 99% d'une société normale, il faut travailler sur l'avenir.
Et en ce cas, on n'a pas besoin de "comprendre" . On a juste à discerner les moyens et les besoins du client-patient et à amener la personne à choisir positivement ses solutions choisies parmi les plus justes.
Voilà pourquoi celui qui vous dit: "Je suis là si vous avez besoin d'aide" est bien plus juste que celui qui dit "comme je te comprends et comme je souffre avec toi."

On n'a pas besoin de souffrir pour comprendre quoi faire

Les gens souffrants n'ont jamais été employés dans les protocoles d'aide et dans les suivis. On n'a pas besoin de souffrances supplémentaires. La souffrance n'est pas une source de clairvoyance. C'est même justement ce dont il faut sortir avant d'offrir des solutions à la victime.
Vous n'avez qu'à lire "Bataillon Bigeard", vous y verrez que ces soldats se sont battus toute leur vie, n'ont jamais essayé de "comprendre" leurs adversaires intimement, ils ont en revanche cherché à comprendre leurs raisonnements, leur tactique, ce qui n'a rien à voir avec une implication psychologique ou un ressenti. Parfois cependant, ils cherchent à comprendre leur psychologie et leurs ressentis, en effet, et même parfois en se plongeant eux-mêmes dans cette psychologie. Mais ce n'est pas pour aider l'autre. C'est purement tactique. Il n'y a pas là une recherche relationnelle, mais un combat, une opposition. On cherche à entrer dans la tête et le cœur de l'autre pour le vaincre. On n'est donc pas dans l'empathie.
L'adversaire, ils l'estiment, certes, mais ils le neutralisent, ils le tuent car c'est la guerre, ils l'abreuvent s'il est fait prisonnier et le soignent s'il est blessé, ils ne sont jamais psychopathes justement parce qu'ils ne sont pas dans cette approche personnelle, égocentrée, qui prétend entrer dans la douleur de l'autre.
Tous les psychopathes, à la guerre, sont des gens qui se sont impliqués émotionnellement. On voit donc bien que la proposition de départ est fausse. C'est l'inverse : c'est l'empathie qui fait les psychopathes !
L'empathie n'est pas de l'amour . C'est un ressenti, me dit une dame.
Eh ! bien, si pour vous c'est un ressenti, vous devez savoir que le ressenti est une chose qu'il ne faut jamais amener dans une aide. Un ressenti, c'est du subjectif, donc de l'interprétation.
Vous parlez de ressenti et vous disiez que l'empathie permettait de "comprendre". C'est contradictoire. Le ressenti empêche la compréhension, il fait appel aux sens. Ainsi, vous ressentirez différemment qu'un autre. Deux personnes avec l'empathie, cela fait deux ressentis différents. Et vous fausserez l'affaire.
On est là typiquement dans le sentimentalisme des réseaux sociaux. C'est en fait du nombrilisme, du besoin d'être aimé. Tandis que l'autre est dans la souffrance, on amène son égo.
Justement, "les psychopathes, les pervers narcissiques, les schizophrènes et les sociopathes" connaissent bien l'empathie, ils sont tous justement dans cette implication personnelle.
 
La conclusion : dépouiller le plus possible la relation à l'autre d'égo. Se refuser avec tact et distance de prendre part, de s'impliquer, de se glisser frauduleusement dans la souffrance d'autrui. L'aider, le plus efficacement possible, en conservant la maîtrise de la situation et des moyens offerts. Récuser le sentimentalisme et les ressentis, les fausses afflictions partagées, sièges de déviances mentales les plus redoutables. Donner de soi sans corrompre ni se corrompre.

*Empathie. Définition : Mot inventé au XXe siècle. Composé du préfixe grec em-, « dans », et de -pathie, d'après sympathie. Capacité de s'identifier à autrui, d'éprouver ce qu'il éprouve.
Synonyme : identification.

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